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Appuii et soutien des luttes des habitant-es

Published onSep 28, 2020
Appuii et soutien des luttes des habitant-es

APPUII est née à la suite d'une recherche-action soutenue par le conseil régional de l'Ile-de-France dans le contexte d'une nouvelle génération de luttes (mobilisations) urbaines menées dans le cadre des programmes de rénovation urbaine.

Crée en 2012, APPUII est constituée d’enseignants-chercheurs, de professionnels des métiers de la ville, d’étudiants, de membres d’associations locales et d’habitants. Elle intervient à la demande d’habitants concernés par des projets urbains qui souhaitent les comprendre, les discuter et être force de proposition. Elle contribue à alimenter une action sur la ville qui se veut coopérative, soucieuse d’écoute et d’égalité. Les actions autour de projets urbains sont multiples : co-élaboration de méthodes de travail et d’expertise, production d’une connaissance approfondie de la situation locale, accompagnement pour le développement de la capacité d’action des habitants à travers le projet urbain… Comme ces actions sont généralement mise en œuvre par des chercheurs ou des étudiants qui interviennent aux côtés des mouvements d'habitants, cette expérience nous a semblé particulièrement pertinente pour enrichir notre réflexion sur les relations réciproques entre chercheurs et mouvements d'habitants.

Nous souhaitons retracer les conditions d'émergence de cette organisation qui s'inscrit dans le prolongement d'une lutte emblématique à la Coudraie puis d'un programme de recherche-action sur les mouvements d'habitants,. Nous explorerons ensuite la structuration de ce réseau de compétences solidaires pour un urbanisme partagé et nous reviendrons sur une expérience de recherche-action sur le pouvoir d'agir où l'association était impliquée. Nous terminerons en évoquant le plaidoyer développé par cette association et la création d'un réseau de pratiques coopératives et pédagogiques en partenariat avec plusieurs universités qui vise justement à favoriser l'implication des chercheurs aux côtés des habitants.

Expérience fondatrice de la Coudraie

La lutte urbaine de la Coudraie est profondément liée à la politique nationale de rénovation urbaine menée en France au début des années 2000. En 2003, le ministre de la Ville Jean Louis Borloo a présenté une loi d'orientation et de programmation pour la ville et la rénovation urbaine qui prévoyait la destruction de 200 000 logements sociaux et la résidentialisation de 400 000 logements. Une agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) a alors été créée pour piloter ce chantier titanesque. Très rapidement, ce programme a suscité l'inquiétude des habitants et des mouvements sociaux qui se sont mobilisés pour dénoncer le retour de la rénovation urbaine. L'objectif de démolir des centaines de milliers de logements a réveillé de mauvais souvenirs notamment les politiques de rénovation urbaine menée entre 19581 et 1985 qui avaient été vivement critiqués pour leurs brutalités et le déplacement de populations que ces opérations avaient engendrées.

Une première mobilisation d'ampleur est née dans le quartier de la Coudraie située à Poissy, 37 000 habitants, situé à l'ouest de Paris. Cette cité avait été construite en 1967 pour héberger des cadres et leurs familles venus travailler dans la grande usine de Peugeot-Talbot qui comptait alors 30 000 employés. Au cours des années 80, ces immeubles ont été transformés en logements sociaux attribués à des ouvriers majoritairement originaires du Maroc, qui se sont installés avec leurs familles. Alors que les conditions de travail des ouvriers immigrés de l'industrie automobile étaient déplorables, renforcés par un encadrement d'un syndicat indépendant partisan de l'ordre patronal et des amicales marocaines contrôlées par le consulat2, les grandes grèves de l'usine Talbot en 1982-1983 sont des moments fondateurs pour le développement de capacités de mobilisations au sein de la population. S'en suit une longue période difficile avec le licenciement de milliers de travailleurs lors de la restructuration de l'industrie automobile tout au long des années 80 et 90. A partir de la fin des années 90, le bailleur arrête de relouer les logements et la mairie de Poissy a envisagé de raser la cité pour reconstruire des maisons individuelles et des appartements en accession à la propriété.

Lorsqu'en mars 2004, des habitants de la Coudraie apprennent par la presse la démolition totale de leur quartier, un collectif d'habitants se forme autour de l'association socio-culturelle et du logement de la Coudraie (ASCLC) pour exiger une réhabilitation du quartier au lieu d'une démolition totale. Le collectif s'est battu contre la vacance des logements organisées par les bailleurs pour rendre inéluctable le processus de démolition. « Nous avons monté un collectif pour proposer une alternative à la destruction du quartier. Nous voulions montrer que les habitants étaient des gens compétents et responsables. On s'est mis à travailler pour comprendre comment fonctionnaient les dispositifs ANRU. Il a fallu apprendre pour se faire respecter » raconte le porte parole des habitants Mohamed Ragoubi3. Une demande de soutien extérieur a été formulé auprès de l'Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheurs (AITEC) qui a fait le lien avec des chercheurs de l'Ecole d'Architecture Paris la Villette. A partir de cette situation locale, des étudiants en architecture se sont impliqués pendant plusieurs années pour réaliser un diagnostic alternatif, puis des « Ateliers Citoyens de réhabilitation » pour construire un contre-projet valorisant la maîtrise d'usage des habitants. Selon Agnès Deboulet « il s'agissait alors d'être perçu comme « constructifs » pour devenir crédibles ; de recréer une symétrie pour peser d'un poids réel en armant la parole habitante au milieu de la division traditionnelle du travail de planification entre maîtrise d'ouvrage, mairie et bailleurs et maîtrise d'oeuvre, cabinets d'architectes ou de consultants successivement mandatés »-. Deux étudiants vont s'engager pendant plusieurs années auprès du collectif. Ils étaient présents lors des réunions et ont apporté un appui technique précieux en rédigeant des documents qui ont servi de base à la discussion avec le bailleur et la mairie.

Lors des élections locales de 2008, les habitants ont contribué à l'élection d'une nouvelle équipe municipale qui s'est engagée à construire le nouveau projet urbain avec les habitants. Les universitaires ont continué de soutenir le collectif d'habitant tout en engageant une démarche d'observation de la concertation institutionnelle. Ce double positionnement leur a permis d'aider les habitants à décrypter ce qui était en jeu dans le processus de concertation et d'accéder à position privilégier. Les chercheurs se sont notamment intéressés aux savoirs citoyens issus des mobilisations, aux compétences citadines des habitants et aux relations entre les engagements militants et les démarche participatives. « Conscients du risque d’être cantonnés à leur seule « compétence d’usage», largement vantée par l’ensemble des élus et techniciens, les résidents investis dans la concertation négociée de la Coudraie souhaitent, en revanche, avant tout prendre part au débat et être connus comme « force de propositions».4. La collaboration entre les habitants et des universitaires s'est poursuivie dans la durée, même si à partir de 2009, les professionnels en charge du projet de rénovation urbaine ont réussi à reprendre la main dans la mise en œuvre du projet urbain.

La lutte urbaine de la Coudraie n'a pas permis l'arrêt complet des démolitions. Les principales victoires ont porté sur l'obtention de « très satisfaisantes conditions de relogement » considérées par les observateurs comme étant le produit direct d'une mobilisation continue5. L'expérience de la Coudraie est pourtant devenue une référence pour les mobilisations d'habitants face aux projets de rénovation urbaine. Elle est une sorte de « matrice d'expérience », à l'image des luttes de l'Alma Gare dans les années 70 ou du projet de réhabilitation du Petit Séminaire au début des années 80. Si les résultats sont restés limités, on retrouve dans cette expérience tous les ingrédients de la recherche-action participative où des universitaires s'impliquent auprès des habitant-e-s dans une visée de transformation sociale. Il est important de noter la grande diversité des acteurs en présence qui ont permis d'enrichir cette expérience mais ont joué un rôle dans sa diffusion. Le collectif était à la fois composé d'habitants directement concernés mais également de représentants d'associations locales et régionales qui apportaient leurs soutiens. D'autre part, les universitaires regroupaient à la fois des étudiants de l'école d'architecture, des doctorants et des chercheurs. Les relations entre les différents acteurs se sont construits sur un temps long : plusieurs promotions d'étudiants de l'école d'architecture de Paris la Villette se sont succédées à la Coudraie qui ont été complétée par des travaux de recherche menée par Khadidja Mamou, Reinier Hoddé et Agnès Deboulet qui seront à l'origine du réseau Appuii.

Permettons-nous de dire que le collectif de la Coudraie a été à l'origine d'un appel à la création d'une « coordination anti-démolition des quartiers populaires d'Ile-de-France » qui a reçu l'appui du Droit au Logement (DAL), de la ligue des Droits de l'Homme (LDH) et de plusieurs organisations de locataires. La coordination contre les démolitions avait pour ambition de rassembler une cinquantaine de comité d'habitants mobilisés dans le cadre des opérations de rénovation urbaine en Île de France. Le soutien de la fondation Abbé Pierre avait même permis de financer un poste de coordinatrice qui a été attribué à la militante Kaissa Titous connue pour son implication dans les luttes des quartiers populaires. Malgré ce soutien, les collectifs mobilisés n'ont jamais réussi à créer une véritable organisation capable de s'inscrire dans la durée. Des conflits ont fragilisés la coordination qui a disparu dès 2008 après quelques interventions au Forum social des quartiers populaires.6

Le PICRI : un dispositif institutionnel favorisant la recherche-action

Parallèlement à l'implication des chercheurs aux côtés du collectif d'habitants de la Coudraie, un projet PICRI a été déposée auprès de la région Ile-de-France. Coordonnée par la doctorante Khedidja Mamou, ce projet s'inscrivait pleinement dans son travail de thèse sur les savoirs partagés entre professionnels et habitants dans le domaine de l'urbanisme. Le PICRI proposait d'analyser des pratiques professionnelles et citoyennes lors des ateliers de coproduction des projets urbains. Il a été mise en œuvre dans six quartiers où se déroulaient des opérations de rénovations urbaines.

Une double réflexion animait cette recherche : une attention aux formes que peut prendre l’organisation d’une expertise citoyenne capable de renforcer la parole publique et une volonté d’accompagner les dispositions des professionnels afin de redéfinir leurs rôles pour parvenir à l’élaboration plus systématique de projets négociés et concertés. Les principaux objectifs était de faire émerger un cadre collectif de travail associant citoyens, habitants, cadres associatifs, professionnels et chercheurs autour de la définition d’objectifs communs, dresser un état des lieux des outils de mise en commun et de dialogue dans la mise en œuvre de projets urbains relatifs à des situations de rénovation (projets Anru) et de renouvellement urbain (projets GPRU) et développer des activités de mise en réseau, la création d’espaces de rencontre et d’échanges des connaissances scientifiques, savoirs et savoirs-faire sur la conception participative du projet urbain.

Ce PICRI était une démarche de transformation sociale à l’échelle locale et/ou régionale qui visait à synthétiser, faire circuler et mettre en débat des expériences innovantes associant professionnels et citoyens, en Ile-de-France, observer l’outillage conceptuel et opérationnel des différents acteurs qui interviennent dans la conduite de projets. Plusieurs axes avaient été définis : premièrement, passer du dispositif à la « disposition » pour saisir les points forts des négociations, institutionnelles ou non, autour du projet urbain et la façon dont le renforcement mutuel des capacités d’écoute et des savoirs de l’interaction contribue à la coopération entre acteurs. Deuxièmement, repérer les savoirs de l’écoute et de l’interaction pour comprendre quelles sont les différentes représentations du projet urbain selon les acteurs, et quels outils de dialogue sont mobilisés selon les phases du projet urbain. les garanties de la collaboration inter-disciplinaire et de l’engagement. Troisièmement, porter une attention particulière à deux dimensions : la place et la nature de l’information dans l’ensemble du processus de concertation et la formulation partagée du projet urbain, de ses attendus et conséquences.

Un projet de recherche-action a débuté dans le quartiers des Mureaux en partenariat avec l'Association Internationale de Techniciens, Experts et Chercheur (AITEC). Malgré plusieurs rencontres, cette recherche-action a été abandonnée du fait du manque de coopération entre les parties prenantes. S'il ne nous appartient pas ici d'explorer les raisons sous-jacentes de ce conflit, il semble que le problème soit issus des différences des légitimités et référentiels entre militants et chercheurs. La recherche-action qui s'est déroulée à Vitry-sur-Seine sera par contre une réussite qui a notamment aboutit à la réalisation d'un film documentaire de 32 minutes intitulé : « Apprendre à travailler ensemble. Atelier de quartier à Vitry-sur-Seine 7».

Le colloque final du programme PICRI intitulé « conflits et écoute. Interroger la coopération sur le projet urbain » s'est déroulé le 26 et 27 novembre 2010. Regroupant des chercheurs, des acteurs de terrains et des élus, les enjeux étaient de réfléchir aux formes que peut prendre une expertise citoyenne capable de relayer l'implication des citadins et renforcer la parole publique, les modalités d'accompagnement des résidents et professionnels afin de parvenir à l'élaboration de projets négociés et concertés. Ce colloque a aboutit à la création du réseau APPUII. Il nous paraît ici important de souligner l'importance de ces colloques dans les relations entre les chercheurs, les militants et les habitants qui peuvent contribuer à un processus de mise à distance des expériences pour les habitants et militants, d'apprentissage et de création de réseaux

La structuration du réseau d'APPUII

Nous avons demandé à Sylvain Adam du réseau Appuii de nous raconter la première structuration du réseau :

«Au départ, il n'y avait pas une volonté préexistante de créer un groupe, encore moins une association. C’est progressivement – et davantage encore à l’issue du colloque final du PICRI – que les acteurs participant à la recherche-action ont constaté la nécessité de « faire quelque chose », de prolonger l’expérience et d’inventer une sorte de « SOS Urbain », instrument à destination des habitants concernés par des projets urbains.

En effet, il apparaîssait qu’un certain nombre d’animateurs de processus de concertation, et divers collectifs d’habitants avaient une attente de ce type dans des quartiers populaires en rénovation urbaine. Il a alors été question de « partir de ce qui se passe sur les terrains, du point de vue des habitants (militance et autres) et de ce qu’ils ont mis en place ou souhaitent mettre en place pour faire entendre leur voix ». On a évoqué un réseau de personnes/ acteurs ressources travaillant au déploiement de méthodes d’accompagnement, au suivi de terrain, à la capitalisation des expériences, à la mise en réseau des collectifs, au décryptage des supports (décrypter les codes de production de la Ville), qu’il s’agisse de secteurs composés de logements sociaux, ou de quartiers anciens en rénovation. »8

L'association APPUII s'est ensuite structurée au cours de deux journées de rencontre, de partage d’expériences et de co-construction intitulées « Réseau de compétences solidaires pour un urbanisme partagé ». Ces rencontres ont créé un climat de confiance favorable au renforcement des liens entre des chercheurs, des militants et des mouvements d'habitants.

La première rencontre de lancement du réseau a été organisé en 2014 à Paris. Au lancement de la journée, la chercheure Agnès Deboulet a invité les acteurs à penser collectivement l'urbanisme partagé et d'être attentif à qu'il soit non excluant. Elle s'est notamment appuyée sur les expériences de planification populaire à Rio, Bombay, Bangkog et aux outils anti-spéculation comme le Community Land Trust. Dans le contexte français, Agnès Deboulet a relevé des questions qui sont de plus en plus cruciales comme la demande d'information, l'exigence du partage de la décision, un refus des décisions arbitraires et une demande de démocratie, une acceptation des savoirs par les habitants et une demande d'accompagnement des initiatives citoyennes. Les mouvements d'habitants ont témoigné des conflits d'aménagements, des méthodes pour faire entendre leurs voix ainsi que la question des outils. Cette rencontre était un premier pas pour que les acteurs se connaissent, identifient les difficultés et les demandes non résolues et les ressources.

Une seconde rencontre a été organisée en septembre 2015 rassemblant plus de 200 acteurs aux parcours et aux compétences divers. La matinée était consacrée à présenter des initiatives citoyennes en particulier dans les projets de rénovation ou renouvellement urbain (dont celles de la Villeneuve de Grenoble et d'Echirolles) qui a été suivi de temps en atelier visant à formuler des propositions pour alimenter l'expertise indépendante, la contre-expertise ou la co expertise (voir graphique ci-dessous) . Les participants ont notamment souligné l'importance des liens avec les universités et de l'expertise aux cotés des habitants qui est envisagé comme un moyen de mettre en œuvre une « assistance à maîtrise d'usage » et une façon de répondre aux besoins de médiation et de formation.

Plusieurs conditions ont été relevées pour rendre possible le travail entre de chercheurs et les mouvements d'habitants :

  • clarifier l'engagement entre habitants-chercheurs-experts

  • favoriser des partenariats entre les ateliers populaires, les universités, les associations et les habitants, impliquer les universités dans des contextes urbains en rénovation à travers des enquêtes, l'accompagnement des habitants...),

  • intégrer des ateliers publics aux écoles d'architecture et d'urbanisme

  • proposer un tiers facilitateur qui puisse être garant de la démarche.

La recherche-action sur le pouvoir d'agir

Entre 2014 et 2017, APPUII a participé à une recherche-action sur le développement du pouvoir d'agir en lien avec le collectif pouvoir d'agir et six autres organisations (centre socioculturel des 3 Cités de Poitiers, CSC Mosaïque-ATD Quart-Monde de Lille Fives, le collectif d’habitants de la Coudraie à Poissy, Alliance Citoyenne de Grenoble, Ville de St Denis et ses conseils citoyens, De fil en réseau sur le Plateau de Millevaches). Les principes initiaux étaient de s'appuyer sur une définition engagée et ouverte du pouvoir d'agir, d'accompagner les actions de terrain et peser dans le débat public, de développer le pouvoir d’agir des personnes les plus éloignées de l’espace public et de produire collectivement en prenant en compte des pratiques et méthodes existantes d’une grande diversité. L’expérimentation a été jalonnée par une rencontre de toutes les parties prenantes sur chacun des sites participant : aux Trois cités à Poitiers, à Lille Fives, à Grenoble, au Plateau de Millevaches, à la Coudraie à Poissy et à Saint-Denis.

Si la diversité des acteurs (un groupe citoyen à une municipalité, en passant par un centre social) avait l'avantage de pouvoir croiser des méthodes, Sylvain Adam a révélé plusieurs limites à cette démarche : «  Le gros point faible de la démarche du CPA a été l’incapacité à faire ressortir quelque chose qui puisse être transmis. Il y a eu plein d’idées sur la manière de « capitaliser » dont un film, un livre, un site internet… Aucune n’a abouti. Cela est certainement dû aux compétences limitées du groupe de pilotage qui ne s’est pas suffisamment impliqué sur la restitution et attendaient beaucoup d’acteurs de terrain déjà submergés par leur propres priorités sur le terrain mais aussi aux dissensions à l’intérieur de ce groupe pilote qui s’est réduit au fur et à mesure, jusqu’à la disparition du Collectif Pouvoir d'Agir. Cette démarche a apporté aux personnes qui ont directement pris part aux échanges lors des rencontres, comme une sorte de formation individuelle. Malheureusement, ces rencontres n’impliquaient qu’un nombre limité de personnes par organisation, donc les organisations elles-mêmes ont été très faiblement et variablement impactées : de rien à très peu. Quant au « monde extérieur », avec l’absence de restitution, pas de transmission. C’est dommage. »

Perspectives du réseau APPUII

Au fil des années, le réseau APPUII a acquis des compétences pour favoriser l'implication de chercheurs, universitaires et professionnels aux côtés de collectif d'habitants qui n'arrivent pas suffisamment à défendre leurs intérêts dans les les projets urbains. Les membres de l'association ont été notamment impliqués aux côtés de mouvements d'habitants, en particulier dans la cité des Groux à Fresnes et dans le quartier des Franc Moisin à St-Denis. Les collectifs d'habitants contactent régulièrement l'association pour les aider à faire face aux projets de rénovation urbaine. Appuii intervient alors en tant que tiers médiateur, pour aider l'association à obtenir des informations, acquérir des compétences d'argumentation pour contrer ou faire évoluer le projet urbain d'une façon inclusive, être en capacité de préparer un recours en justice si nécessaire...

Au cours des dernières années, APPUII a proposé la création d'un réseau des« Pratiques et Pédagogies Coopératives » qui cherche à mettre en œuvre des enseignements qui partent de demandes issues de la société civile, et non d’approches coupées des réalités sociales. Ce réseau regroupe des enseignants engagés pour plus de justice spatiale, des étudiants attachés à des projets utiles à la société civile et des établissements qui soutiennent ces démarches. Il vise à renforcer le pouvoir d’agir des citoyens, mais aussi des professionnels de la ville. Deux rencontres nationales ont été menées en 2016 et 2018 réunissant plusieurs établissements d'enseignements supérieurs.

L'association contribue également aux campagnes de plaidoyer pour la justice dans les projets et la mise en œuvre du Droit à la Ville en partenariat avec l'Atelier Populaire d'Urbanisme (APU) de la Villeneuve de Grenoble, un Centre ville pour Tous et d'autres organisations. Ces campagnes de plaidoyer sont le fruit de la coopération entre les chercheurs et les mouvements d'habitants. Les propositions sont élaborées par des allers-retours entre le terrain et l'université, entre la pratique et la théorie et la documentation des expériences. Ce rôle des relations entre chercheurs et habitants pour la construction des plaidoyers nous semble un aspect fondamental pour les prochaines expériences de recherche-action urbaine.

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